L’Ordre du mérite 2016 à Annette Landry-Roy

Annette Landry-Roy
14 octobre 2016
Entretiens
L’Ordre du mérite 2016 à Annette Landry-Roy

Originaire de Robertville, Annette Landry-Roy a effectué ses études au Collège Notre-Dame d’Acadie jusqu’à sa fermeture en 1964, et a complété son baccalauréat ès arts
avec spécialisation en sciences au Collège de Bathurst, puis son baccalauréat en éducation et sa maîtrise en éducation à l’Université de Moncton. Elle a été directrice générale de deux districts scolaires francophones du Nouveau-Brunswick (1 et 11). Avant d’occuper ce poste, elle a été enseignante de la maternelle à la 12e année, directrice d’écoles primaires et
secondaires, directrice générale adjointe et directrice de l’éducation du District 1.

Théoriquement à la retraite depuis 2001, Annette Landry-Roy a été appelée à intervenir comme personne-ressource auprès de districts scolaires de la région Atlantique, de différents ministères provinciaux ainsi qu’à l’international, notamment au Cameroun, au Maroc et au Congo.

Son travail en éducation et en administration l’a amenée à collaborer à plusieurs réformes scolaires et à développer en équipe une nouvelle approche à l’évaluation des enseignants, des directions d’écoles et des établissements scolaires ainsi qu’à l’intégration des élèves en difficulté. Madame Landry-Roy est reconnue dans le milieu de l’enseignement pour sa rigueur, son influence, son engagement et son questionnement sur les enjeux du milieu scolaire.

Elle a été et demeure une intervenante active au sein de nombreuses associations et organismes, autant à titre bénévole qu’à titre professionnel : présidente de l’Association des directions d’écoles du Nouveau-Brunswick, membre de l’Association francophone internationale des directions d’établissements scolaires et présidente du Conseil provincial d’enseignement au primaire. Elle a siégé à de nombreux conseils d’administration : Conseil des gouverneurs du CCNB, Villa Sormany, Richelieu Chaleur, Théâtre populaire d’Acadie, Caisses populaires acadiennes, Jeux de l’Acadie et Alianco.

Vous avez d’abord fait des études en sciences au Collège Notre-Dame d’Acadie. Dans quel contexte avez-vous choisi de poursuivre vos études universitaires en éducation?

Cela a été un choix naturel pour moi de me diriger vers l’enseignement. Lors de mes études à l’école secondaire de Beresford et lorsque j’ai fait mon baccalauréat ès arts, j’ai eu des professeurs tout simplement extraordinaires et stimulants, qui savaient nous mettre continuellement au défi dans notre
apprentissage. Ils m’ont grandement inspirée et je souhaitais être capable de poursuivre sur cette voie en m’inspirant de leur approche pédagogique qui consiste à amener l’apprenti au questionnement. J’ai commencé à enseigner en 1967 et grâce à la grande flexibilité de l’Université de Moncton et à sa formation continue, j’ai pu faire un baccalauréat en éducation, un certificat en direction d’école et une maîtrise en éducation.

Vous êtes reconnue comme une ardente défenseure de l’éducation publique. Quelle est votre vision de l’éducation? Comment voyez vous son rôle au sein de notre société?

L’éducation publique est l’un des piliers de notre société. Tout commence là. L’ensemble du personnel qui travaille dans le système d’éducation publique, de la maternelle à la 12e année, participe à construire la société d’aujourd’hui et celle de demain. L’éducation outille nos jeunes à prendre différentes routes dans la société. L’éducation publique a été la cible de nombreuses critiques, mais je demeure une ardente défenseure du système, car j’ai été témoin de belles réalisations au fil des
années. J’ai vu tout ce qui a été accompli dans ce secteur au Nouveau-Brunswick grâce à l’apport de grands visionnaires avec qui j’ai eu la chance de travailler.

En plus de trois décennies, vous avez été engagée dans de nombreuses réformes dans le secteur de l’éducation au Nouveau-Brunswick. Laquelle a été la plus marquante selon vous?

Pour moi, la réforme qui a le plus marqué notre système d’éducation, et qui a encore un effet aujourd’hui, c’est la réforme pédagogique au primaire au début des années 1990. Cette réforme a déclenché une profonde réflexion sur ce qu’est l’apprentissage, sur la façon d’amener l’élève à apprendre à apprendre, et sur la façon de l’amener au questionnement pour faire des découvertes. L’élève fait ainsi davantage partie de son apprentissage. Cette approche est toujours d’une grande pertinence aujourd’hui.


Vous avez été au coeur de l’adoption de la pédagogie de l’inclusion scolaire au Nouveau-Brunswick. La province est d’ailleurs reconnue comme un chef de file à cet égard. Trente ans après son implantation, quel regard posez-vous sur cette approche?

Je dirais que socialement, c’est une grande réussite. C’est une réalité qui fait la force de notre société qui a considérablement changé et qui est beaucoup plus inclusive qu’il y a 30 ans. En ce qui a trait à l’apprentissage, il y a eu énormément de réussites. Chapeau aux membres du personnel scolaire qui ont travaillé d’arrache-pied pour essayer de rejoindre tous les élèves avec très peu de ressources. Ce que je déplore néanmoins, c’est qu’on n’ait jamais clairement défini le genre de province qu’on allait avoir en adoptant cette philosophie de l’inclusion. On a continué à comparer les résultats d’apprentissage de nos élèves à ceux d’autres juridictions, sans prendre en considération que nous on a l’inclusion scolaire. Il faudrait reconnaître davantage que le Nouveau-Brunswick est une société inclusive.

Est-ce que le modèle fonctionne bien?

Il y a eu des résultats très positifs, mais la situation semble avoir stagné et on entend les mêmes plaintes qu’il y a 20 ans. Il serait souhaitable, je crois, que le gouvernement définisse mieux, avec son personnel, quels sont les véritables besoins en ressources humaines pour atteindre les résultats. Il faudrait
peut-être aussi préciser davantage ce qu’on souhaite atteindre comme résultats quand on a l’inclusion scolaire à 100 %.

Quels sont, à votre avis, les principaux enjeux touchant la communauté acadienne et francophone dans le secteur de l’éducation?

Je dirais que c’est le maintien de la qualité de la langue française, mais en ne négligeant pas l’aspect compétitif des autres disciplines à l’échelle mondiale. Un autre défi, dont on parle moins, est celui de s’assurer que les politiques publiques favorisent l’équité hommes-femmes dans les différents
postes administratifs en éducation. On semble avoir pris un recul à cet égard depuis quelques années.

Comment percevez-vous le rôle de l’Université de Moncton dans le secteur de l’éducation publique?

L’Université de Moncton est à l’avant-plan de la formation des enseignantes et enseignants francophones du  Nouveau-Brunswick. Plus de 90 % du personnel enseignant de notre système scolaire a reçu sa formation à l’Université de Moncton. La recherche en éducation qui s’y effectue est d’une valeur inestimable pour le milieu. J’ai eu l’occasion de me familiariser avec la formation offerte en éducation dans diverses provinces canadiennes et au niveau international. Immanquablement j’ai été en mesure de constater la qualité de la formation reçue de l’Université de Moncton. J’ai toujours été fière et impressionnée de la formation que l’Université de Moncton m’a offerte et qu’il m’a été donné de mettre en
pratique.

Vous êtes très engagée socialement. C’est un aspect important de votre vie?

C’est une dimension essentielle de ma vie. Nous faisons tous partie de la société et je crois qu’il est important de s’engager, de redonner. Bien entendu, il faut composer avec les possibilités que l’on a, mais j’estime que toutes les contributions, quelle qu’en soit l’ampleur, sont importantes. 

Depuis votre retraite « officielle », vous êtes beaucoup sollicitée comme experte-conseil à l’échelle nationale et internationale. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce genre de travail?

Toutes les expériences que j’ai vécues m’ont enrichie. J’ai rencontré des gens extraordinaires, avec une grande soif d’apprendre. Mes projets à l’international ont surtout été en accompagnement des chefs d’établissements. J’ai travaillé au Cameroun, au Maroc et au Congo. J’ai également travaillé dans d’autres pays francophones lorsque je siégeais au conseil d’administration de l’Association francophone internationale des directeurs d’établissements scolaires. Ce qui m’a toujours motivée, c’est de créer avec les intervenants de ces pays dans le respect de leur culture et non en tentant de reproduire des
modèles d’ici.

En rétrospective, quelles sont les réalisations professionnelles dont vous êtes le plus fière?

Une des réalisations dont je suis le plus fière, c’est d’avoir eu une formidable carrière en éducation publique au Nouveau-Brunswick et cela, en dépit des toutes les critiques que le système a essuyées et essuie encore. J’ai retiré beaucoup de fierté à travailler en équipe en mettant les capacités des intervenants à l’avant-plan. Lorsque j’ai appris que je recevais l’Ordre du mérite, j’y ai vu aussi une reconnaissance pour le système d’éducation publique de notre province. 

Vous avez fréquenté l’Université de Moncton à ses débuts. Quels souvenirs en gardez-vous? 

Ce sont des moments très positifs qui me viennent à l’esprit. Après avoir terminé mon baccalauréat ès arts au Collège de Bathurst, il faut dire que je suis retournée sur les bancs de
l’Université de Moncton tous les étés pendant une dizaine d’années en plus de mes cours du soir. La qualité de la formation que j’y ai reçue est excellente. J’ai beaucoup aimé
avoir été mise au défi dans la majorité de mes cours. C’est vraiment une université qui m’a permis de me sentir chez moi.
Comme professionnelle, j’ai eu beaucoup de contacts avec l’Université de Moncton, notamment comme membre du comité des stages d’études de la Faculté des sciences de l’éducation. Pour moi, l’Université de Moncton est un incontournable dans la formation de notre société.